Le paradoxe du temps partiel : la réalité des salariés des SAP
Selon la Dares, en 2025, un salarié français à temps complet travaille en moyenne 1 656 heures par an (pour une référence légale de 1 607 heures) et 38,9 heures par semaine habituelle.
Mais qu'en est-il dans les services à la personne ? Le secteur est structurellement marqué par le temps partiel, souvent subi. L'étude note que :
« Lorsqu’ils sont à temps partiel, les salariés travaillent davantage que les indépendants (23,2 heures par semaine en moyenne). »
Dans les services à la personne, ce chiffre de 23 heures hebdomadaires cache une complexité majeure : le temps partiel fragmenté. Contrairement à un salarié de bureau à temps partiel qui ferait des journées complètes, l'intervenant à domicile enchaîne des vacations courtes (1h chez l'un, 2h chez l'autre), souvent coupées par des périodes d'inactivité non rémunérées au milieu de la journée.
Durée "habituelle" vs Durée "effective" : le casse-tête des plannings
La Dares rappelle la distinction cruciale entre deux indicateurs :
- La durée habituelle hebdomadaire : l'organisation théorique ou normale du travail.
- La durée annuelle effective : ce qui est réellement travaillé, l'indicateur qui "lisse" l'année.
Pour les professionnels des services à la personne, l'écart entre ces deux notions est parfois abyssal. Les plannings dans l'aide à domicile sont soumis à des aléas permanents : hospitalisation d'un bénéficiaire, absences, modifications de dernière minute. Une semaine "habituelle" peut être planifiée à 25 heures, mais la semaine "effective" peut s'effondrer à 15 heures (ou grimper en flèche pour remplacer un collègue). C'est pourquoi la modulation du temps de travail (annualisation) est massivement utilisée dans ce secteur pour tenter de garantir un salaire stable malgré ces variations.
Le poids invisible des "heures périphériques"
L'analyse de la Dares souligne que la durée de référence de 1 607 heures intègre les congés et les jours fériés. Toutefois, pour les salariés itinérants des services à la personne, une autre variable fausse la perception du temps de travail : les temps de trajet.
Bien que les accords de branche obligent désormais à une prise en compte et à une indemnisation des temps de déplacement entre deux clients, ces heures passées sur la route ou dans les transports en commun ne sont pas toujours comptabilisées comme du "temps de travail effectif" au sens strict de la productivité, alors qu'elles étirent démesurément la journée de travail des salariés.
L'explosion des micro-entrepreneurs : quel impact pour les SAP ?
La Dares note une baisse du temps de travail global en 2024 et 2025, expliquée par un "effet de composition" : « la part des micro-entrepreneurs, dont l’activité sur l’année est nettement plus réduite [...], continue d’augmenter de manière marquée. »
Lire aussi : Auto-entrepreneur ou salariée : quel statut choisir dans les services à la personne en 2026 ?
Cette tendance est particulièrement visible dans les services à la personne. Attirés par la promesse de liberté et poussés par le développement des plateformes de mise en relation (notamment pour le ménage ou les cours particuliers), de nombreux professionnels s'installent à leur compte.
Le rapport de la Dares met en lumière le piège de ce statut pour les petits volumes : si un indépendant à temps complet travaille énormément (2 152 heures par an), un indépendant à temps partiel (souvent le cas des micro-entrepreneurs de plateforme qui complètent un autre revenu) ne travaille en moyenne que 902 heures par an. Un volume d'activité faible qui pose la question de la précarité de ces nouveaux visages du service à domicile.
En conclusion
Les chiffres 2025/2026 de la Dares rappellent que la mesure du temps de travail est un exercice complexe. Dans les services à la personne, cette complexité est quotidienne. Alors que le secteur cherche désespérément à attirer de nouveaux talents pour faire face au vieillissement de la population, la question de la qualité du temps de travail (moins de fragmentation, une meilleure reconnaissance des heures périphériques et des contrats plus stables) reste le principal levier d'attractivité.
Source des données : Dares, Note de conjoncture sur la durée individuelle du travail, juin 2026