Édité en mai 2026, le manifeste « Prendre position : changer de regard et d’accompagnement face aux conduites addictives » se veut à la fois l’héritage de plus de 40 ans d'engagement (dans la lignée de SOS Drogue International) et un plaidoyer offensif pour transformer en profondeur les politiques publiques. Son message central est clair : les addictions ne sont ni une faute morale, ni un problème de volonté individuelle, mais un enjeu majeur de santé publique et de dignité.
Un constat d'urgence sociale et financière
Le manifeste dresse un état des lieux alarmant de la situation en France, où les usages (alcool, tabac, écrans, paris sportifs, drogues illicites) traversent toutes les strates de la société :
- Un coût social exorbitant : Les addictions représentent plus de 265 milliards d’euros de coût social par an (dont 156 milliards pour le tabac et 102 milliards pour l'alcool).
- Un déficit de prévention : Moins de 1 % des dépenses de santé est alloué à la prévention (7,5 milliards d'euros), les politiques publiques restant massivement dominées par la répression et la stigmatisation.
- De nouveaux visages : L’essor des « addictions sans produit » (addiction aux écrans, jeux vidéo, paris sportifs) touche de plein fouet les jeunes. Par exemple, 1 million de personnes sont aujourd'hui à risque d'addiction aux paris sportifs.
- Des dispositifs saturés et genrés : Les structures actuelles peinent à diversifier leurs publics, notamment les femmes (souvent victimes de traumas ou de violences sexuelles associés) et la communauté LGBTQIA+ (notamment face aux pratiques de chemsex).
« La lutte contre les addictions nous concerne toutes et tous. [...] Il mérite de la nuance, de l’écoute et de la cohérence. En bref, du courage politique. » Chantal Mir, Directrice générale du Groupe SOS Solidarités
13 propositions concrètes pour changer de paradigme
Pour sortir des approches culpabilisantes et optimiser l'offre de soins, le manifeste formule 13 propositions clés, réparties autour de grands axes d'action :
- Valoriser les savoirs et inclure l'entourage :
- Proposition 1 : Reconnaître les compétences et les savoirs expérientiels des personnes concernées, notamment en intégrant des travailleurs pairs (pair-aidance) dans les structures.
- Proposition 4 : Intégrer les proches et les familles dans les parcours de soin et les démarches de réduction des risques.
- Repenser la prévention et l'éducation :
- Proposition 2 : Intégrer le développement des compétences psychosociales dès le plus jeune âge dans les programmes scolaires.
- Proposition 3 : Généraliser les actions de prévention dans les milieux éducatifs, professionnels et festifs.
- Consolider la Réduction des Risques et des Dommages (RdRD) :
- Proposition 5 : Rendre le matériel de RdRD accessible à prix coûtant (quand il est dans le domaine public) avec une TVA réduite à 5,5 %.
- Proposition 6 : Reconnaître officiellement les vapoteuses comme outil de réduction des risques et généraliser leur accès gratuit/adapté en CSAPA.
- Proposition 13 : Étendre les missions des CSAPA et CAARUD pour leur permettre d'ouvrir, à titre expérimental, des espaces de consommation supervisée sécurisés (à l'image des Haltes Soins Addictions).
- Structurer les financements et former les professionnels :
- Proposition 7 & 8 : Inscrire obligatoirement l'addictologie dans la formation initiale des professionnels de la santé, du social, de l'éducation et de la justice, et former les équipes à un accueil non jugeant.
- Proposition 9 : Créer une Conférence annuelle des financeurs de l'addictologie pour sanctuariser des financements pérennes.
- Proposition 10 : Développer des dispositifs itinérants (équipes mobiles) pour contrer la pénurie d'offre en zone rurale.
- Proposition 11 & 12 : Renforcer les ponts entre la psychiatrie et l'addictologie (prises en charge conjointes) et diversifier l'offre via des approches non médicamenteuses (EMDR, hypnose, acupuncture).
Le virage politique : Dépénaliser pour mieux soigner
Le Groupe SOS Solidarités conclut son manifeste en réitérant une position militante historique : l’urgence de dépénaliser l’usage des drogues et de légaliser le cannabis.
S'appuyant sur les réussites observées au Portugal, en Suisse ou au Canada (chute drastique des overdoses et des transmissions de VIH), l'association rappelle que la politique ultra-répressive française est dans une impasse. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 85 % des interpellations concernent le simple usage et non le trafic, tandis que la consommation continue de grimper.
Selon les sondages cités, 82 % des Français·es sont d'ailleurs favorables à l'organisation d'un grand débat national sur la politique des drogues. Le manifeste du Groupe SOS pose les bases de ce dialogue indispensable : soigner sans punir, écouter sans juger, et accompagner sans exclure.
Retouvez sur Aladom des offres d'emploi dans les établissements du Groupe SOS.